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Élevage

L'agrivoltaïsme pour faire de l'élevage : concilier troupeaux et énergie solaire

Bien-être animal, ressource fourragère, cadre réglementaire : comment l'agrivoltaïsme accompagne l'élevage face au changement climatique, et à quelles conditions.

Troupeau de brebis à l'ombre de panneaux photovoltaïques surélevés dans une prairie

Canicules à répétition, sécheresses prolongées, prairies qui grillent dès le mois de juin : le changement climatique met les élevages sous pression. Face à ces aléas, une pratique gagne du terrain en France : l'agrivoltaïsme. En associant, sur une même parcelle, un troupeau et des panneaux solaires, elle promet de protéger les animaux tout en produisant une énergie renouvelable. Mais comment fonctionne réellement l'agrivoltaïsme au service de l'élevage, quels bénéfices en attendre et dans quel cadre ? Tour d'horizon.

L'agrivoltaïsme, de quoi parle-t-on ?

L'agrivoltaïsme désigne l'installation de panneaux photovoltaïques sur une parcelle où se poursuit une véritable activité agricole, les deux fonctionnant en synergie. Contrairement à une centrale solaire classique posée sur un terrain, l'installation doit ici rendre un service direct à l'exploitation : atténuer le stress thermique, protéger contre les aléas climatiques ou améliorer le bien-être animal. Autrement dit, ce n'est pas l'élevage qui s'adapte aux panneaux, mais les panneaux qui se mettent au service de l'élevage. Cette logique est désormais inscrite dans la loi française, qui a donné à l'agrivoltaïsme sa première définition officielle.

Pourquoi l'élevage est particulièrement concerné

Les élevages de plein air comptent parmi les plus exposés au réchauffement. Au-delà d'un certain seuil de température, les animaux subissent un stress thermique qui réduit leur alimentation, leur croissance et leur reproduction. Parallèlement, la baisse de la pousse de l'herbe et la raréfaction de la ressource fourragère fragilisent l'autonomie alimentaire des troupeaux. C'est précisément sur ces deux fronts — le confort des animaux et la qualité des prairies — que l'agrivoltaïsme apporte des réponses concrètes. Selon l'ADEME, l'élevage ovin figure d'ailleurs parmi les configurations les plus fréquentes des projets recensés à ce jour, un constat que l'on retrouvait déjà dans les allées du dernier Sommet de l'Élevage.

Les bénéfices de l'agrivoltaïsme pour l'élevage

Bien conçue, une installation agrivoltaïque agit à plusieurs niveaux :

  • Le bien-être animal. L'ombre portée par les panneaux offre un abri recherché lors des pics de chaleur. En abaissant la température ressentie, elle limite le stress thermique et permet aux bêtes de pâturer plus longtemps, avec un effet direct sur leur santé et leurs performances.
  • La ressource fourragère. En réduisant l'évapotranspiration et en préservant l'humidité du sol, les structures maintiennent une herbe plus verte et de meilleure qualité, y compris en été. Le bilan fourrager de l'exploitation s'en trouve amélioré.
  • La résilience économique. Un troupeau mieux protégé, c'est un cheptel plus stable et des rendements sécurisés. À cela s'ajoute un revenu complémentaire tiré de la production d'électricité, précieux pour pérenniser l'exploitation.
  • L'impact environnemental. La parcelle produit une électricité verte tout en conservant ses surfaces enherbées, qui continuent de stocker du carbone.

Quelles technologies pour quel troupeau ?

Il n'existe pas une, mais plusieurs solutions agrivoltaïques, à choisir selon le type d'élevage et la conduite de la parcelle. Les trackers, dont les panneaux pivotent, permettent de moduler dynamiquement l'ombre au fil de la journée. Les panneaux fixes apportent un ombrage constant et aident à conserver l'humidité du sol. Les panneaux bifaciaux verticaux, installés comme des haies, créent un effet brise-vent et facilitent le passage des engins pour la fauche. Dans tous les cas, la hauteur des structures et l'écartement entre les rangées sont dimensionnés en fonction des animaux (ovins ou bovins) pour préserver la circulation, la sécurité du troupeau et la mécanisation. Pour approfondir l'utilisation de l'agrivoltaïsme pour l'élevage, des acteurs spécialisés conçoivent des projets sur mesure, jusqu'à la création de paddocks avec clôtures fixes ou mobiles.

Un cadre réglementaire strict

En France, l'agrivoltaïsme est encadré par la loi APER du 10 mars 2023, précisée par le décret n° 2024-318 du 8 avril 2024. Principe fondateur : la production agricole doit rester l'activité principale de la parcelle, l'énergie n'étant qu'une production associée. Pour les élevages, le caractère significatif de l'activité s'apprécie à partir d'indicateurs propres, comme le volume de biomasse fourragère, le taux de chargement ou le potentiel reproductif du cheptel. Le texte impose aussi la réversibilité de l'installation et plafonne l'emprise au sol. Pour suivre l'évolution de la filière, l'ADEME s'est vu confier un observatoire national de l'agrivoltaïsme, chargé de mesurer les effets réels des projets sur les cultures et les élevages.

Comment se lancer dans un projet ?

Monter un projet agrivoltaïque en élevage suit généralement trois grandes étapes. La première consiste à définir le besoin et à vérifier la faisabilité technique et agronomique au regard du troupeau et de la parcelle. Vient ensuite la phase de développement, qui concrétise le projet et le soumet à la validation des autorités et des acteurs du territoire. Enfin, une fois l'installation construite, elle est exploitée dans la durée, en visant l'équilibre entre protection de l'élevage et production d'énergie. Un accompagnement par des spécialistes est vivement recommandé pour sécuriser chaque étape, au même titre que pour le montage du dossier de financement d'une installation solaire sur une exploitation.

En résumé

L'agrivoltaïsme ne remplace pas l'élevage : il l'accompagne. En offrant de l'ombre aux animaux, en préservant la ressource fourragère et en générant un revenu complémentaire, il constitue un levier sérieux pour aider les éleveurs à traverser le changement climatique à condition de respecter un cadre exigeant qui place toujours l'agriculture au premier plan. Bien pensé et bien dimensionné, un projet peut ainsi transformer une contrainte climatique en véritable opportunité pour l'exploitation.